Tahara Keiichi 1973-1983

« En d’autres termes, voir une photographie, c’est considérer comment un artiste a conçu son regard et non pas ce qu’il a regardé […]. »

Dans un premier temps, je n’ai été sensible qu’à la matière des photos de Tahara Keiichi, à leur grain, à leur tendance à aller vers une abstraction modérée et modelée.

Et puis, à regarder plus attentivement, je me suis rendu compte que l’étroitesse de son sujet d’intérêt — la vue par sa fenêtre dans un premier temps, puis l’intérieur de sa chambre mansardée par la suite — engendre un sentiment (esthétique) d’oppression étouffante. Quand on sait que ces photos ont été prises sur une période de dix ans, on est pris de vertige en pensant à sa persévérance obstinée.

Je comprendrais, si on me disait que cette idée donne envie de vomir ses tripes. Le résultat oscille esthétiquement entre le voluptueusement beau et le sèchement austère.

1973-1980 FENÊTRE

Façades, nuages, ombres, Les photos sont très contrastées, le grain très marqué. Le regard est obsessivement tourné vers l’extérieur, mais d’une position radicalement retranchée.

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1979-1983 ÉCLATS

Il se replie à l’intérieur. L’espace de sa chambre, des détails plutôt, même : un coin de radiateur, le bas d’un rideau, un tissu argenté, des reflets d’ombre, des jeux de lumière…

Tahara Keiichi a-t-il passé 10 ans enfermé dans sa chambre ? Veut-il disparaître ? A-t-il le projet de se retirer de ses photos ? Traque-t-il l’expression de son ego et vise-t-il un lieu « dont la circonférence serait partout et le centre nulle part » ?

PUIS JE CHERCHE SUR INTERNET…

Et là, c’est la baffe.

Déjà, je découvre que Tahara est un artiste et photographe très connu, ou plutôt était, car il est mort le 6 juin 2017 (il est né en 1951 à Kyōto) et il a vécu près de 30 ans en France (de 1974 à 2004). Il se démarquait par son intérêt pour la lumière, et ça ressort particulièrement vivement de ses nombreuses installations en France et au Japon.

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Curieusement, je lis que la série de Fenêtres montrée dans le livre était l’expression de son désir d’aller vers les autres. Il venait d’arriver en France, ne parlait pas la langue et c’était sa façon de commencer à « creuser son trou ». L’exact contraire de ce que j’avais projeté (un repli sur soi digne de certains passages de Vendredi ou les limbes du Pacifique, de Michel Tournier).

La légende des photos a une certaine importance finalement.

Pour plus d’information :
> le site de Tahara Keiichi

> Tahara Keiichi sur Wikipédia
> Tahara Keiichi sur YouTube

 

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